Sauver un animal

L’ebc (empathie, bienveillance, compassion)

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Bébé pie recueilli (photo V. Colas)

Sauver un oiseau trouvé

 

Sommaire général

Auteur : Philippe Kauffmann

Dernière MAJ : 1/11/2016

Pour joindre l’auteur : philippe.kauffmann(à)free.fr

 

 

Les oiseaux sont les animaux sauvages qu’on trouve le plus souvent en détresse sur notre chemin. Heureusement la LPO (Ligue pour la Protection des 0iseaux) [1] et l’UFCS (Union Française des Centres de Sauvegarde de la Faune Sauvage) [2] sont la pour veiller sur eux. Le plus souvent on confiera l’oisillon ou l’oiseau trouvé à une de ces associations pour les soins.

Ramasser un oiseau en détresse est un geste d’autant plus important que les oiseaux des campagnes d’Europe sont en déclin très rapide comme en témoigne l’article « L’Europe est en train de perdre ses oiseaux » du Gardian du 23 décembre 2007.

 

Néanmoins, sachant que l’UFCS et la LPO euthanasient les animaux qu’ils ne peuvent pas rendre à la vie sauvage, il vaut mieux ne pas leur confier un animal qu’on a décidé d’apprivoiser car il ne peut pas être rendu à la vie sauvage, comme – par exemple – une pie avec une aile brisée. Si l’on confie l’un de ces animaux à un vétérinaire, il faut de la même façon s’assurer au préalable qu’il est disposé à vous le restituer, car ce n’est pas toujours son intension.

 

 

Sommaire du chapitre

 

Les erreurs à ne pas commettre

Les premiers soins

Les associations de protection

Soigner un oisillon soi-même

Soigner un oiseau adulte blessé ou malade soi-même

Exemples

Références

 

 

Les erreurs à ne pas commettre

 

De nombreux oisillons meurent chaque année suite de la bonne volonté mal inspirée. Voici, ci-après, quelques erreurs à éviter :

 

L’erreur la plus courante est de ramasser un oisillon qui semble abandonné mais ne l’est en réalité pas. En effet, de nombreux oisillons se trouvent au sol hors du nid avant d’être totalement autonomes et de pouvoir voler. Ils sont encore surveillés et nourris par les parents ; les ramasser dans ces conditions est donc une grave erreur. Avant de ramasser un oisillon, il faut donc bien observer l’animal et son environnement, et ne le ramasser que s’il est visiblement abandonné, en mauvais état ou en danger immédiat. Si l’oisillon est actif et dynamique, il n’est probablement pas en détresse.

 

L’oisillon ci-après a quasiment toutes ses plumes, il est donc presque prêt à prendre son indépendance. S’il est trouvé dans cet état et non menacé directement par un prédateur ou autre chose, c’est typiquement un oisillon à ne pas ramasser.

 

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Photo ornithomedia.com : Patrica Gallerneau

 

 

Une autre erreur classique est de donner une nourriture inadaptée. Il faut absolument éviter le pain mouillé (dans du lait ou de l’eau), le blanc et – sauf exception – le jaune d’œuf cru. Les oiseaux ont besoin d’eau, souvent, mais leur donner sous forme liquide (eau, lait) est une erreur qui peut s’avérer désastreuse si on leur injecte de force. Il faut donc leur fournir une nourriture solide mais humide (pâtée pour chats, pâtée pour insectivore d’animalerie, crevettes pilées, etc.).

 

            Une autre erreur courante est de mettre l’oiseau dans une cage. L’oiseau a besoin de se sentir en sécurité. Une boite en carton avec des trous d’aération pour laisser entrer un tout petit peu de lumière est de loin préférable et évitera que l’oiseau se blesse sur les barreaux.

 

            Il faut aussi éviter à l’oiseau les ambiances bruyantes car elles sont source de stress. En particulier les paroles humaines sont très stressantes pour les oiseaux car ils n’y sont pas habitués (contrairement aux apparences, ils sont beaucoup moins bruyants que nous). Il faut donc parler calmement et à voix basse à proximité de l’animal.

 

            Une dernière erreur, est de vouloir à tout prix soigner complètement un oisillon soi-même. Même si ça semble bien fonctionner, le petit oiseau n’aura pas acquis par l’observation de ses parents et congénères les comportements lui permettant de survivre à l’âge adulte. Il mourra probablement peu après que vous l’aurez relâché. Il faut donc le plus rapidement possible le confier à une association de protection adéquate (LPO ou UFCS).

           

 

Les premiers soins

 

            La première chose à faire est de mettre l’animal trouvé dans une boite en carton trouée pour l’aération et la lumière et la placer dans un endroit calme. Pour le confort de l’oiseau et son équilibre thermique, il est souhaitable de bourrer le fond de la boite avec du tissu, des lambeaux de tissu ou tout autre matériau en mesure de fournir un peu de confort et de chaleur (papier absorbant chiffonné par exemple).

 

            Ensuite, il faut  nourrir l’animal sans trop tarder afin d’éviter qu’il ne se déshydrate. La nourriture la mieux adaptée est typiquement de la pâtée pour chats ou de la pâtée pour insectivore d’animalerie (même si l’oiseau est granivore).

 

            Si la température extérieure est basse et que l’oiseau est apathique, il a probablement froid. Il faut alors le réchauffer. S’il est petit, le tenir quelque temps serré (mais pas trop !) dans le creux ses mains peut le revigorer rapidement. Toutes les autres solutions pour fournir une chaleur douce (environ 25°C) sont acceptables.

 

L’étape suivante consiste en général à l’apporter à l’association de protection qui continuera les soins.

 

La LPO vous indique de façon plus détaillée tout ce qu’il convient de faire, c'est-à-dire les gestes qui sauvent.

 

N. B. : si l’animal a des blessures ou présente un état qui nécessite des soins urgents et que le centre de soins LPO ou UFCS (voir ci-après) est loin, transportez le d’abord chez le vétérinaire le plus proche.

 

 

Les associations de protection

 

            L’association de protection des oiseaux la plus connue en France métropolitaine est la LPO. Elle est membre du réseau international très actif Birdlife international qui a son siège en Grande Bretagne. La LPO a créé sept Centres de Sauvegarde (Ile-Grande, Clermont-Ferrand, Buoux, Audenges, Castres, Rosenwiller, Villeveyrac), un relais du Centre de Sauvegarde de l'Ecole Vétérinaire de Nantes (à Chalonnes près d'Angers) et deux unités mobiles de soins, stationnées à La Rochelle. Vous pouvez en toute confiance remettre dans un de ces centres votre oiseau trouvé.

 

Une autre association de protection –  plus généraliste – qui mérite d’être connue en France métropolitaine est l’UFCS qui soigne de nombreux animaux sauvages. Son réseau est nettement plus dense que celui de la LPO. Elle possède 45 centres de soins répartis dans toute la France. Si le centre de soin LPO est trop éloigné de chez vous, un des centres de l’UFCS est l’alternative.

 

La France est très en retard dans le domaine de la protection animale, par rapport aux pays anglo-saxons notamment. Ces derniers soutiennent beaucoup plus massivement que nous leurs associations de protection (dans un facteur un pour dix parfois…). Soutenir financièrement une des ces deux associations est plus abstrait que de ramasser un animal devant soi, mais contribue très significativement à la protection animale et constitue donc un geste important.

 

 

Soigner un oisillon soi-même

 

            Si vous êtes amenés à soigner un oisillon vous-même, le site web Ornithomedia.com [3] vous fournit les informations nécessaires. Notez que l’ouvrage de Gérard Grolleau  Recueillir et soigner les petits animaux sauvages traite individuellement de cent cinquante espèces d’oiseaux. Cet ouvrage est un must pour la réussite des soins. On n’oubliera pas non plus de se référer au chapitre Principes généraux pour toutes les espèces.

 

 

Soigner un oiseau adulte blessé ou malade soi-même

 

Soigner un oiseau adulte nécessite grossièrement les mêmes actions que le soin d’un oisillon. On n’aura toutefois pas à se préoccuper du problème d’imprégnation. Par contre, il faudra en plus éventuellement soigner les blessures, et l’éventuelle maladie dont la fièvre a terrassé l’oiseau. Dans ces deux derniers cas, le passage par la case « vétérinaire » peut être important, surtout s’il faut des médicaments (antibiotiques). La encore, le site web Ornithomedia.com vous fournit les informations nécessaires. La lecture de l’ouvrage de Gérard Grolleau  Recueillir et soigner les petits animaux sauvages qui traite en détail les espèces individuellement reste évidemment toujours pertinent ! On n’oubliera pas non plus de se référer au chapitre Principes généraux pour toutes les espèces.

 

 

Exemples

 

            Un martinet adulte totalement inerte qui respirait pourtant encore a été trouvé dans une station balnéaire en Espagne par le père de l’auteur. L’auteur immobilisé par une jambe fracturée a pris l’animal en charge sans aucune connaissance préalable (l’internet ni l’ouvrage de Gérard Grolleau n’existaient alors). L’animal a été maintenu au chaud sur le torse de l’auteur alité pendant quatre ou cinq jours et nourri, d’abord avec du jaune d’œuf cru donné à la pipette (ce qui marchait, mais salissait considérablement les plumes), puis avec du jaune d’œuf cuit. Pour l’administration, le bec était ouvert en insérant un ongle latéralement entre la partie supérieure et inférieure du bec puis en faisant levier. L’animal était complètement infesté d’insectes supprimés avec de l’insecticide en poudre fourni par une pharmacie locale. Après deux ou trois jours, l’oiseau acceptait spontanément la nourriture et commençait à s’animer. Une tentative de lâcher a alors été tentée, mais l’oiseau trop faible est retombé après quelques mètres. Cependant, cette tentative l’a apparemment stimulé car il dès lors s’intéressait vivement à la fenêtre. Vingt quatre heures plus tard la volonté de se libérer était évidente ; il est alors sorti par la fenêtre (l’auteur lui fournissant l’impulsion de départ) et s’est élevé dans le ciel de plus en plus haut jusqu’à disparaitre de la vue.

            Rétrospectivement l’expérience est intéressante car Gérard Grolleau précise que faire manger un martinet adulte est très difficile. Il ne faut donc pas se décourager, difficile ne signifiant pas impossible. L’expérience montre aussi la robustesse des animaux sauvages. On arrive à « récupérer » des animaux dont le cas semble a priori désespéré.

 

            Un bébé moineau partiellement emplumé a été extrait indemne des crocs d’un chien. La présence de plumes en cours de développement indiquait un oisillon déjà assez grand et donc plus facile à soigner (les moineaux passent 15 jours à trois semaines ou nid, cet oisillon avait donc déjà au moins huit jours). Une tentative de mise dans un nid artificiel en évidence sous une toiture s’est soldée au bout de trois heures par un oisillon complètement figé et inerte, les parents n’ayant pas réapparu. L’oisillon a alors été rentré dans la maison et réchauffé dans le creux des mains. Son état s’est alors considérablement amélioré, et après nourrissage avec des crevettes pilées (seule nourriture acceptable à disposition !) il a même commencé à se toiletter. Le lendemain matin il a été remis au centre LPO le plus proche pour rejoindre d’autres petits camarades.

 

            Une tourterelle adulte blessée baptisée Tourtourix a été récupérée par des amis. Nourrie à la mie de pain écrasée (il n’est pas certain que le choix était idéal), elle s’est remise et a adopté la maison, n’étant capable de voler que sur quelques mètres. Pour limiter le problème des fientes ces personnes lui ont achetée une cage toujours ouverte qu’elle apprécie. Elle vient sur les gens dans la maison, se laisse caresser, mais interdit à coups de becs qu’on la prenne dans sa cage et vit comme ça depuis plus de quatre ans. Elle n’a pas été remise à un centre LPO ou UFCS car l’animal handicapé à vie n’aurait pas été pris en charge du fait qu’il était impossible de le rendre à la nature.

 

            Un juvénile pie bavarde – baptisé Piw (photo au début de la page) – a été récupéré partiellement emplumé par d’autres amis. N’ayant visiblement pas passé la période d’imprégnation, il s’est rapidement adapté et familiarisé suite aux soins. Son comportement de plus en plus effronté et les problèmes des fientes ont conduit les sauveteurs à remettre l’oiseau au centre LPO voisin avant qu’il soit émancipé.

Rétrospectivement, ce cas est intéressant. Certaines espèces « s’apprivoisent »  trop facilement (en particulier les pies), et suite à l’imprégnation l’animal vous est définitivement attaché, et donc incapable de retourner à la vie sauvage. Dans une telle situation, confier l’oiseau à un centre de soins peut poser problème, car le centre est forcé de remettre l’animal dans la nature ou de l’euthanasier en cas d’impossibilité. Avec ces espèces (voir l’ouvrage de Gérard Grolleau  Recueillir et soigner les petits animaux sauvages) il faut soit minimiser l’imprégnation et limitant au maximum les contacts (politique générale des centres de soins), soit décider de conserver l’animal. Dans ce dernier cas, une grande volière est idéale, mais tout le monde n’en possède pas, loin s’en faut !  L’alternative de l’exemple de la tourterelle est alors intéressante. La grande cage ouverte ne prive pas l’oiseau de liberté, les fientes se concentrent dans la cage, et pour peu qu’on ouvre la fenêtre de temps en temps, la vie commune devient raisonnablement possible (tout en restant assez contraignante).

 

Une pie bavarde adulte avec une aile fracturée a été recueillie par un couple. Elle s’habituait visiblement à eux, mais ils ont décidé de la confier à un vétérinaire à cause de l’aile cassée. Celui-ci a refusé de leur restituer l’animal et l’a euthanasié. Ceci prouve qu’il ne faut pas avoir une confiance aveugle dans cette profession. Néanmoins, c’est la seule expérience négative connue de l’auteur.

 

 

Références

 

1.      Ligue pour la Protection des Oiseaux

2.      Union Française des Centres de Sauvegarde de la Faune Sauvage

3.      Ornithomedia.com (site d’ornithologie)